L’EVALUATION
DE LA
FORMATION BALINT
Groupes Balint et
Groupes de Psychodrame Balint
Résultats d’une enquête.
Dr Jean-Pierre Bachmann, en collaboration avec Dr Henry Naccache
Introduction
En 1999 la Société Médicale Balint (SMB) avait
invité plusieurs membres de l’Association Internationale
du Psychodrame Balint (AIPB) à participer à un atelier
visant à mieux connaître les différentes pratiques
du travail Balint. Le travail de ce groupe, auquel s’est joint un
représentant de l’AREFFS ( Association de Recherche,
d'Etude et de Formation pour la Fonction Soignante) , s’est
centré sur le problème de l’évaluation de la
formation Balint.
Une enquête a été entreprise
visant à investiguer la satisfaction liée à cette
formation, mais aussi à connaître l’avis de
participants et d’anciens participants à des groupes
Balint ou de psychodrame-Balint sur leurs motivations à
entreprendre une telle formation et sur les effets subjectifs de cette
démarche. Les participants ont aussi été
interrogés sur leur vécu dans la situation groupale. Ce
texte résume les résultats de cette enquête.
La participation régulière à un groupe
Balint est habituellement génératrice de
changement, et selon la formule souvent citée de Michaël
Balint,
« d’un changement limité que bien que
considérable dans la personnalité du
médecin ». Mais l’évaluation d’une
telle formation, et donc de ce type de changement, pose des
problèmes bien plus complexes que la plupart des formations qui
sont proposées aux soignants. Et cette complexité suscite
fréquemment des objections et des réticences à
entreprendre une démarche évaluative. Ces objections,
recoupent d’ailleurs celles qui sont souvent faites à
toute évaluation systématique d’un travail
psychanalytique, puisque la formation Balint, pour autant qu’elle
reste fidèle à l’esprit de son fondateur, peut
être décrite comme une application de la démarche
psychanalytique . Tout en étant conscient de la limite
inhérente à une telle démarche évaluative,
et de son effet réducteur, il nous a paru important de nous
engager dans cette démarche, avec l’espoir que ses
résultats pourraient nous apporter des informations utiles pour
notre travail d’animateurs, favoriser une meilleure
reconnaissance du Balint mais aussi permettre un travail de
réflexion et d’échanges avec des collègues
oeuvrant dans le même champ.
Le problème du changement a été maintes fois
évoqué dans la littérature consacrée
à Michael Balint et aux groupes Balint. Les constatations faites
par Balint dans les groupes de médecins
généralistes ont depuis été
régulièrement décrites par les animateurs de
groupe, avec parfois toutefois moins d’optimisme (voir par
exemple Gosling et Turquet). La valeur et l’efficacité de
la formation Balint sont reconnues par des animateurs de groupes et par
de nombreux participants ; elles jouent un rôle important
pour maintenir la confiance dans notre travail et nous encourager
à développer des projets de formation malgré un
contexte actuel fort peu propice, il est vrai, à ce type de
démarche.
Des évaluations objectives du travail Balint ont aussi
été faites, mais elles semblent largement
méconnues dans le milieu francophone. Ainsi les études
menées en Allemagne par l’équipe du Professeur
Köhle (Cologne) montrent que la participation
régulière à un groupe Balint modifie le
comportement des médecins lors de leurs entretiens avec leurs
patients. Ces études se basent sur une analyse comparée
d’entretiens vidéoscopés avec des patients, avant
la participation à un groupe Balint, puis un an après.
Contrairement à ce qui se passait dans les premiers entretiens
ces médecins, et certains avaient déjà une
très longue expérience professionnelle, se laisseront
guider par les informations proposées par leurs patients
plutôt que de satisfaire leur propre demande
d’informations. Ils font ainsi plutôt appel aux
interventions du patient qu’à leur propre savoir, ce qui a
des effets indéniables sur l’engagement des patients dans
la relation. Ces études mettent aussi en évidence,
à côté d’un effet d’apprentissage
global, le profil très individuel d’apprentissage que le
médecin a développé au cours de cette année
de formation. L’étude de Köhle et coll. s'inscrit
donc dans la ligne des nombreuses études visant à
démontrer l'efficacité d'une méthode de formation
qui a pu être décrite comme une psychothérapie
professionnelle.
Si notre groupe de travail n’a pas manqué
d’évoquer la possibilité d’une
évaluation longitudinale de cette formation, voire de son
processus, des objectifs plus modestes ont été choisis,
en nous axant sur une évaluation de la satisfaction des
participants et anciens participants à des groupes, et
ceci en fonction de différents critères:
modalités pratiques de la formation, intégration dans le
groupe, compétences des animateurs. Nous avons aussi
cherché à connaître l'avis des participants sur les
changements et les effets liés à cette formation.
Méthode et modalités pratiques de l’enquête
Le questionnaire rassemblait des données sur l’âge,
le sexe, l’activité professionnelle des répondants,
leur participation passée ou actuelle à une formation
Balint, la durée et la fréquence de leur participation.
Des questions s’intéressaient aux difficultés
ressenties par les soignants au moment où ils
s’engageaient dans un travail Balint, à leurs motivations
au moment du début de cette formation, et, pour ceux qui
la poursuivaient, à leurs motivations à la continuer.
Nous nous sommes aussi intéressés aux modalités de
fin de formation.
Nos trois associations ont reçu au cours de l’année
2000 les réponses de 194 participants. Les questionnaires
adressés à l ‘AIPB provenaient de participants
français mais aussi de soignants suisses et canadiens.
Pour 90% des répondants le contenu de ce questionnaire correspondait aux objectifs de la formation.
Population
Les médecins généralistes formaient la
majorité des répondants (60%), les médecins
spécialistes près du 20%, les infirmières et
infirmiers, travaillant spécialement dans le domaine de la
santé publique, le 15% de cet échantillon. Les
psychologues psychothérapeutes, kinésithérapeutes,
et autres professionnels de soins représentaient moins de
3% pour chacun de ces sous-groupes. Près de 30% des
répondants exerçait une autre activité
professionnelle que celle de soignant, le plus souvent dans le
domaine de l’enseignement. La majorité des réponses
(60%) émane de participantes. La moyenne d’âge est
de 49 ans et 46% des répondants participaient au moment du
questionnaire à une formation Balint. La durée de
participation actuelle ou passée était de 2 ans ou
moins pour 26%, de 2 à 5 ans pour 32%, de 5 à 10 ans pour
29%, plus de 10 ans pour 13%. Près de la moitié des
participants à l’enquête avait assisté
à plus de 40 séances de groupe. Pour près de 80%
leur participation au groupe était estimée comme
très régulière.
Les soignants avant leur formation
Quelle image les soignants ont-ils, rétrospectivement, de leurs
difficultés et de leur vécu avant de commencer leur
formation ?
Les difficultés à comprendre les patients et à se
comprendre eux-mêmes, dans leurs émotions et leurs
réactions à l’égard de leurs patients, sont
les aspects les plus souvent reconnus comme posant problème. Ce
sont vraisemblablement ces éléments qui jouent un
rôle important dans la remise en question fréquente, voire
très fréquente, que vit le soignant qui s’engage
dans la formation. Un tiers des répondants se dit aussi avoir
été souvent, voire très souvent, inquiet
quant à ses compétences.
Les difficultés subjectives rencontrées avant la
formation ne sont pas les mêmes pour les différentes
catégories de soignants. Ainsi les médecins, qu’ils
soient généralistes ou spécialistes, font part de
plus de difficultés que les non-médecins à
maîtriser leurs émotions et leurs réactions
à l’égard de leurs patients. Ils ont aussi plus de
difficulté à gérer leur activité
professionnelle. Parmi les médecins, les
généralistes sont plus souvent inquiets, quant
à leurs compétences professionnelles que les
spécialistes ou les autres soignants. Il en va de même
pour eux concernant la question de la difficulté à
comprendre leurs patients.
« Quelles ont été vos motivations
premières pour participer à un groupe
Balint ? »
Les réponses les plus fréquentes, et survenant en
premier, concernent tant les manifestations de la vie
émotionnelle du soignant, ses difficultés à
comprendre ses propres réactions, à maîtriser ses
sentiments et réactions à l’égard du
patient, que la difficulté à comprendre ses patients.
L’analyse des réponses et commentaires en texte libre
permet de distinguer plusieurs ordres de motivations qui peuvent
être regroupés en différents chapitres,
décrits ici par ordre d’importance.
la nécessité d’une formation à la relation.
Cette catégorie de réponses reprend, à travers des
formulations variées, les éléments les plus
importants d’une formation à la relation soignante :
il s’agit essentiellement de d’améliorer, de
comprendre, d’explorer la relation soignant-soigné, et
ceci à travers une compréhension des enjeux conscients et
inconscients, et par une prise de conscience des émotions et des
aspects verbaux et non-verbaux en jeu dans la rencontre. La
référence à l’écoute et au regard
extérieur du (ou des) animateur(s) et des membres du groupe est
aussi soulignée
Le besoin de partager son expérience professionnelle et
d’être soutenu par le groupe est une motivation tout aussi
importante et fréquente.
Pour quelques participants à cette enquête
l’engagement dans la formation répondait au besoin
d’une
supervision.
- Enfin, plusieurs
réponses à cette question témoignent d’un
questionnement souvent plus large, par
exemple sur les rapports
entre le savoir, la pratique et la relation intersubjective dans
l’acte thérapeutique.
Les motivations à poursuivre cette formation.
Près de la moitié des personnes qui ont
répondu poursuivait cette formation au moment de
l’enquête, mais avec quelles motivations ?
Une première série de réponses, les plus
fréquentes, témoigne des
effets de rencontre et de
partage liés à la situation groupale et à la
stimulation induite par le groupe. La liberté de parole, et
d’une parole autre, la rencontre et la confrontation sont des
éléments importants de cette situation
d’apprentissage qui permet de mieux se connaître et de
mieux connaître les autres. La satisfaction et le plaisir de
faire partie d’un groupe sont explicités comme des
motivations à poursuivre la formation. La
spécificité du travail en psychodrame Balint avec les
possibilités offertes par le jeu est aussi mentionnée.
Un autre grand groupe de réponses concerne
la
nécessité de poursuivre une formation à la
relation thérapeutique, d’en approfondir la
compréhension tant à un niveau intellectuel que dans ses
éléments qui participent du contre-transfert. Cette
notion fondamentale de la formation Balint n’est pas
nommée explicitement mais condense le sens de plusieurs des
commentaires.
Modalités d’interruption ou de fin de formation
Pour la plupart cette fin a été une fin
décidée,
l’aboutissement d’un processus de
formation qui s’accompagne parfois d’un changement
d’orientation professionnelle, du début d’une autre
formation, voire d’une supervision. Pour quelques participants
cette fin correspond au début d’une psychothérapie.
L’arrêt de cette formation en raison
d’insatisfactions ou de difficultés est mentionné
par un petit nombre d’anciens participants . Ces
difficultés sont liées aux conditions matérielles
du travail proposé (fréquence des séances,
coût) à la structure du groupe. Plus rarement cette fin
témoigne de difficultés avec l’animateur. Deux
participants font part de difficulté avec la technique
psychodramatique. Des motifs personnels (problèmes de
santé par exemple, manque de temps) sont aussi
évoqués comme motifs de fin de formation.
Les effets de la formation
Les questions posées quant aux effets de la formation font
appel, à l’exception d’une question, à une
appréciation subjective de changements ou des
répercussions liées à des changements. Les
effets subjectifs reconnus sont, par ordre décroissant des
réponses positives (voir tableau ci-dessous) :
a) une meilleure prise de conscience et prise en compte de ses
émotions, sentiments et préjugés à
l’égard de ses patients,
b) une meilleure compréhension des réactions et de l’état émotionnel des patients,
c) une meilleure évaluation de leurs demandes,
d) un intérêt différent porté à
l’histoire des patients et, enfin, une amélioration de la
communication avec eux.
Plus de 80% des participants reconnaissent de tels changements. Le taux
de réponse très élevé à ces
questions dénote clairement la reconnaissance de
bénéfices positifs apportés par la formation.
C’est en ce qui concerne l’intérêt
porté à l’histoire des patients et la
compréhension des émotions, soit celles des patients soit
celles des soignants, que les changements apparaissent les plus
importants. Les effets de la formation sur la prise en charge de
pathologies spécifiques sont aussi reconnus, mais sont moins
importants. Il en est de même de la possibilité de mieux
identifier les difficultés de collaboration avec les
collègues.
Les réponses ne montrent aucune différence
significative entre les participants à des groupes dits
« classiques » et des groupes de
psychodrame-Balint.
Les différentes catégories professionnelles
répondent habituellement de manière semblable à
ces différents points. Il y a toutefois une différence
légèrement significative entre les médecins
spécialistes et les autres catégories de soignants en ce
qui concerne la prise de conscience des émotions. Les
médecins spécialistes sont plus nombreux à
reconnaître des changements positifs dans ce domaine.
Les participants estiment aussi que l
eurs patients ont largement bénéficié de leur formation.
Mais c’est dans le regard qu’ils portent sur les autres
membres de leur groupe que le changement le plus considérable
est perçu: Pour la quasi-totalité des participants
(95%) qui répondent à cette question
les autres
participants de leur groupe ont bénéficié de la
formation.
Il est toutefois à noter que c’est aussi à cette
question que les participants à cette enquête
répondent le moins volontiers. Cette source d’information
sur les changements observés est, à nos yeux, importante
puisque habituellement les renseignements à ce sujet sont le
fait des animateurs, voire d’observateurs extérieurs dans
le cadre de recherche.
Les commentaires en texte libre font référence aux
sentiments de confiance en soi et de sécurité qui ont pu
se développer. Il est aussi fait mention de la
compréhension de l’implication personnelle du soignant
dans la relation transférentielle.
Les participants et le groupe
L’expérience positive faite dans le groupe est un
élément décrit comme primordial à la
poursuite de la formation. Une question en plusieurs points
évaluait le vécu du participant dans le groupe.
Les participants ont estimé que leur participation au travail de
groupe était active (pour 75%), voire très active
(15%). L’appréciation subjective du degré
d’activité intervient comme un élément
statistiquement significatif d’appréciation de
l’utilité globale de la formation.
Même si notre enquête porte aussi bien sur des
groupes composés de participants de même profession ou de
professions différentes les possibilités
d’identifications aux situations présentées par les
membres du groupe sont importantes, puisque 27% s’identifient
tout à fait et 64% dans une large mesure aux situations
présentées par les autres participants de leur groupe.
Des études menées auprès de participants à
des thérapies de groupe ont mis en évidence
l’importance du facteur d’intégration dans le
groupe comme élément hautement déterminant de
l’efficacité de la démarche groupale. Ce
critère apparaît d’ailleurs comme
l’équivalent de celui d’alliance
thérapeutique dans les études d’évaluation
des psychothérapies individuelles. L’importance de ce
facteur apparaît aussi clairement dans les résultats de
notre enquête puisqu’il est celui, parmi de très
nombreuses variables, qui statistiquement est lié à
l’évaluation de la qualité globale de la formation
(voir ci-après). La liberté d’expression, le
travail dans un but commun jouent aussi un rôle important comme
élément d’appréciation de
l’utilité globale de la formation.
Le rôle des animateurs
Notre intérêt s’est aussi porté sur le regard
porté sur la fonction de (ou des) animateur(s). Nous avons
retenu quatre éléments de la fonction d’animateurs
dans nos questions: leur rôle pour favoriser l’expression
de tous les membres du groupe, leur capacité à
créer un climat de confiance auprès des membres du
groupe, à favoriser la prise de conscience des conflits
liés à la fonction de soignant, et, enfin, à faire
respecter les règles de fonctionnement du groupe (en particulier
le travail de groupe restant limité à la sphère
professionnelle).
Les réponses à ces questions (voir tableau ci-dessous)
montrent que les participants à cette enquête
évaluent de manière positive, voire très positive,
le rôle des animateurs. Leur évaluation de ces
aspects est assez semblable aux facteurs liés à la
dynamique du groupe, ces deux séries de facteurs étant
évidemment interdépendants.
Satisfaction et modalités pratiques de la formation
Les modalités pratiques de la formation (fréquence des
séances, frais, etc.) n’obéissent pas à des
critères stricts et il n’a pas été
jugé utile de les recenser. Comme dans toute enquête de ce
type nous avons toutefois jugé utile d’en évaluer
le degré de satisfaction (voir ci-dessous).
Résultats exprimés en % des réponses exprimées.
Qualité et utilité de la formation, deux critères d’appréciation globale
Deux questions visaient à en avoir une appréciation
globale et synthétique, en interrogeant les aspects de sa
qualité et de son utilité.
A la question qui demandait d’évaluer, de
manière globale, la qualité de la formation
60%
estimaient qu’elle était bonne, 36% qu’elle
était excellente. Quatre pour cent la considéraient comme
médiocre (aucun participant ne la juge mauvaise). Cette
évaluation de la qualité est semblable pour les
différentes catégories de soignants et pour le type de
groupe auquel ils ont participé. Il n’y a par ailleurs pas
de différence significative entre les personnes qui sont en
cours de formation et ceux qui l’ont terminée.
En ce qui concerne
l’utilité de la formation elle a
été jugée très utile par 62%, utile par
34%. Seuls 3% la jugent « pas vraiment utile ».
Il n’y a pas de différences significatives entres les
différents groupes de soignants. Pour les personnes qui ont
terminé leur formation cette appréciation de
l’utilité est statistiquement semblable quel que soit le
type de groupe auquel elles aient appartenu (groupe Balint
« classique » ou de psychodrame-Balint). Mais
pour ceux un certain nombre de participants à des groupes
de psychodrame-Balint participants l’appréciation de la
pleine utilité de cette méthode
n’apparaîtra pleinement que dans
l’après-coup de la formation.
Dans
l’analyse statistique l’évaluation de la
qualité est liée à des facteurs recensés
comme des difficultés (difficulté à
maîtriser ses sentiments et émotions, avec
l’entourage) et au sentiment d’intégration dans le
groupe.
L’évaluation de l’utilité est essentiellement
dépendante de l’évaluation de facteurs liés
à la dynamique groupale (travail dans un but commun,
intégration dans le groupe, liberté d’expression),
des bénéfices qu’en ont retiré les patients,
et de certaines des difficultés préalables des soignants.
Les mêmes facteurs liés à la dynamique de groupe
interviennent dans cette évaluation de
l’utilité, tout comme la fonction des animateurs dans leur
rôle de garant des règles du fonctionnement groupal.
Discussion
L’accueil de cette enquête a été très
positif, engageant un certain nombre des participants à faire
part non seulement de l’utilité d’une
démarche évaluative, mais à exprimer leur avis sur
la place actuelle de la formation Balint.
Si notre enquête met en évidence un haut de niveau de
satisfaction des participants quant à l’utilité et
la qualité de cette formation, elle apporte aussi nombre
de renseignements sur les effets subjectifs de cette formation et sur
le rôle des facteurs liés au vécu groupal dans
cette formation, confirmant aussi l’importance de
l’intégration dans le groupe comme un facteur essentiel
associé au changement.
L’importance des changements reconnus par les soignants dans la
prise de conscience de leurs réactions
contre-transférentielles, l’effet de cette prise de
conscience sur la relation qu’ils entretiennent avec leurs
patients et l’intérêt qu’ils vont porter
à l’histoire de leurs patients correspondent pleinement
aux buts de la démarche Balint. L’importance des
changements objectifs s’accompagne aussi de la reconnaissance par
les participants des bénéfices que leurs collègues
dans le même groupe ont retiré de cette formation (95% en
ont bénéficié). Notre enquête n’a
toutefois pas cherché à déterminer quelles
formes de changements sont reconnues chez les autres.
Notre enquête n’apporte pas seulement une
confirmation de résultats déjà connus et
observés mais elle pose aussi un certain nombre de questions, la
première étant celle des éventuelles modifications
de la relation du soignant au corps du patient. Comme indiqué
plus haut c’est dans la réponse à cette question
que les soignants estiment avoir le moins changé, seuls 50%
reconnaissant un changement, et ceci indépendamment de la
méthode de formation. Les renseignements apportés par un
questionnaire de ce type ne peuvent évidemment juger
d’éventuelles modifications qui resteraient inconscientes.
Nous aurions pu nous attendre à ce que la
spécificité du travail en psychodrame-Balint, mettant en
jeu le corps du soignant et la relation au corps du
patient, se reflète dans cet élément de
l’enquête. Et ceci d’autant plus que plusieurs
commentaires font état de cet aspect vécu comme
particulièrement enrichissant de cette méthode, et de
l'apport d'une possible complémentarité des deux
méthodes de formation.
Notre enquête ne visait pas à mettre en évidence
des spécificités liées au Balint dit
classique ou au psychodrame-Balint. Une éventuelle
spécificité n’est pas exclue mais les
résultats des analyses statistiques montrent que, quelle
que soit la méthode de formation utilisée, les effets de
la formation et les changements reconnus par les participants
sont identiques. Il en va de même de
l’évaluation faite des facteurs liés au travail en
groupe et au regard porté sur l’activité des
animateurs. Comme il a été mentionné plus haut les
rares spécificités mises en évidence dans notre
étude sont celles de certains changements liés
à l’appartenance à des groupes professionnels
(médecins généralistes ou spécialistes,
soignants non médecins) et non à la méthode de
formation.
Plusieurs des participants à cette enquête ont
évoqué la place essentielle de ce travail Balint dans
leur formation et leur expérience de soignant. Cette
« remise en mots de son activité
professionnelle », le partage dans le groupe et dans sa
continuité, leur permettent de comprendre et d’utiliser le
dimension émotionnelle de la relation dans leur activité
de soignant. Ils font aussi part de la confiance acquise dans leurs
capacités professionnelles et de la prise de conscience de leur
implication personnelle dans l’acte thérapeutique. Au vu
de ces précieux acquis ils sont plusieurs à regretter que
la participation à un groupe Balint n’ait pas acquis une
place plus importante dans la formation de tout soignant.
BIBLIOGRAPHIE
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Caïn Anne: Le psychodrame-balint. Méthode, théorie
et applications. La pensée Sauvage. Grenoble.1994.
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Histoire et actualité. Etudes coordonnées par
André Missenard. Dunod. Paris 1982.
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Ansatz. In : Médecine psychosomatique et psychosociale,
Vol. 24. Cahier 1, 1995, pp6-18.
-
Leuzinger-Bohleber M, Stuhr U, Rüger B, Beutel M : Comment
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psychanalytiques ? Une association de méthode de recherche
psychanalytique et non-psychanalytique dans une étude de suivi
représentative et multi-perspectiviste de psychanalyses et
thérapies psychanalytiques de longue durée. In :
Psychanalyse en Europe. Bulletin de la Fédération
européenne de psychanalyse. No 56, 2002, p 174-196.
-
Moreau-Ricaud Michèle : Michaël Balint. Le renouveau
de l’Ecole de Budapest. Editions Erès, 31520 Ramonville
Saint-Agne, 2000.
-
Wildlöcher D. : La place de la recherche clinique en
psychanalyse. In : Courants de la psychanalyse contemporaine.
Numéro hors série de la Revue Française de
Psychanalyse, sous la direction d’André Green. PUF, Paris
2001, pp 37-48.
Adresses
Dr Jean-Pierre Bachmann, psychanalyste (SSPsa), 15 rue des Sources, CH-1205 Genève
Dr Henry Naccache, 23 Montée de la Lieuse, F- 38070 St Quentin Fallavier
Enquête effectuée en 2000 en collaboration avec
l'AREFFS et la SMB, sur la base d'un questionnaire proposé par
l'AIPB. Le rapport final, écrit en collaboration avec Henry
Naccache, peut être demandé au secrétariat de
l’AIPB. Les autres membres de l’AIPB participant à
ce travail ont été François Berton, Annie
Bouillon, Béatrix de Thiollaz, Marie-Noëlle
Laveissière. La mise au point du questionnaire et
l’analyse statistique, détaillée dans le rapport
final, ont été fait en collaboration avec Christiane
Robert-Tissot, professeure de psychologie clinique à
l’Université de Genève.
Le scepticisme de nombreux psychanalystes face à la
recherche empirique en psychothérapie est lié à la
crainte, en partie fondée, que des recherches quantitatives ne
soient pas en mesure d’observer et de mesurer adéquatement
la qualité d’un travail psychanalytique. Voir à ce
sujet, parmi une très abondante littérature, les articles
récents de Daniel Wildlöcher (2001) et de Marianne
Leuzinger-Bohleber et coll. (2002).
Voir Michèle Moreau Ricaud ( 2000) et en particulier p. 175 et 181.
« Avez-vous le sentiment 1) d'être
(d’avoir été) bien intégré(e) dans le
groupe, 2) que vos opinions sont (ont été)
tolérées, 3) que vous pouv(i)ez vous exprimer
librement, 4) que le groupe travaille (travaillait) ensemble
à un but commun ? »